Un nouveau chapitre dans les coteaux du Trièves

La revue Terre Dauphinoise a publié cette semaine un reportage sur les nouvelles installations viticoles prévues dans le Trièves. L’article est reproduit intégralement ci-dessous, avec quelques corrections indiquées entre crochets. Vous pouvez également le consulter directement sur le site de Terre Dauphinoise.

Samuel Delus, Sarah Fechtenbaum et Jérôme Joubert à Prébois.

Trois installations dont une reprise : les vignerons du Trièves poursuivent leur remarquable dynamique. À Roissard, à Prébois et à Mens, les coteaux changent peu à peu d’allure, au fil des plantations de pieds de vigne. Car l’histoire de ce renouveau est récente. Elle est portée par l’association Vignes et vignerons du Trièves (VVT) qui a permis que ce pari un peu fou, lancé au tournant des années 2000, écrive déjà à son deuxième chapitre.

 

« Nous sommes des défricheurs », lance Samuel Delus, président de l’association VVT et vigneron à Prébois,  domaine de l’Obiou.
Il a été un des pionniers, avec Pascale et Gilles Barbe, Jérémy Bricka, Jérémy Dubost et Maxime Poulat, à débroussailler les pentes du Trièves pour y relancer une production viticole. À leur tour, ils s’apprêtent à accueillir Sarah Fechtenbaum, Manon Delus, Jérôme Joubert et Guillaume Bouscavel, porteurs de projets d’installation.

Première transmission

« C’est la première transmission en viticulture dans le Trièves », s’amusent Samuel Delus et Sarah Fechtenbaum. Cette astrophysicienne de formation va reprendre Les P’tits ballons, le domaine créé il y a 10 ans par les époux Barbe à Mens. Ils ont réimplanté une imposante collection de cépages autochtones (durif, persan, douce noire, joubertin, onchette, gamay) qui s’étend sur un hectare.
« Je m’attendais à devoir planter », explique la jeune femme qui a fait le choix de changer de voie après avoir appris le métier dans un vignoble familial situé dans les Côtes-de-Duras. Elle a suivi son conjoint astrophysicien également, en poste à Grenoble.
« J’ai envoyé un mail à Vignes et vignerons du Trièves qui ont répondu et ont été très accueillants. Samuel a passé du temps à me faire visiter. » La rencontre entre son projet et celui de transmission de Pascale et Gilles Barbe entre en concordance.
« Cette année, Sarah est recrutée par VVT en emploi partagé, explique Samuel Delus. En travaillant avec tout le monde, cela lui permet de découvrir les pratiques de chacun et les cépages qu’elle ne connaît pas. Elle fera un stage transmission en [2023]. »

Rouvrir les paysages

C’est un retour au pays pour Jérôme Joubert et sa compagne Manon Delus. Elle était orthophoniste dans le Var et lui, militaire en Corse. Les enfants du pays ont récupéré des vignes familiales et des parcelles en friche à Prébois pour nourrir leur projet d’installation sur trois ateliers : élevage (ovins ou caprins laitiers), transformation et viticulture.

« Nous souhaitons planter des [cépages] anciens comme l’étraire de la Dhuy ou la douce noire », indique Jérôme Joubert.
Le couple puise son inspiration dans la démarche engagée par leur cousin Samuel Delus, mais aussi par les vignerons du Trièves ainsi que par Gérard Delus, le père de Manon, viticulteur dans le Var.
Cette année est consacrée au défrichement ; les plantations interviendront d’ici deux ans. En attendant, Jérôme Joubert est employé par le service de remplacement.

Un  hectare, 20 000 euros

Ces trois nouveaux installés sont titulaires d’un BPREA (1) et demanderont la DJA (2).
L’association VVT leur vient en appui pour le prêt de matériel et même au-delà. Samuel Delus souligne l’importance de l’appel à projet du Département pour la réouverture des paysages. « Un hectare à défricher, c’est 10 000 euros, rappelle-t-il. 20 000 euros avec les plantations ». Les investissements sont donc colossaux pour ces jeunes vignerons.
Le président de VVT rappelle « qu’il y avait 150 ha de vignes dans le Trièves au sortir de la guerre. Il en reste 30 ha aujourd’hui avec les vignes familiales ».

Passeur de savoir

L’association a réalisé d’importants investissements en 2021 dans la cuverie, le matériel de laboratoire et pour le travail de la vigne. « C’est un système coopératif qui fonctionne », souligne le président. Son installation, et la création du Domaine de l’Obiou, ne remonte pas à si longtemps et il se retrouve presque étonné d’être dans la situation du passeur de savoir.
L’expérience de Samuel Delus, à la vigne comme dans les dossiers administratifs, profite à tous les futurs installés.
Mais [la plus belle victoire de l'association] est sans doute d’avoir sauvé le cépage onchette de l’oubli et permis son reclassement. D’ici l’automne, quelques bois seront disponibles à la plantation.

Traces du passé

« Le Trièves, c’est une région à part et unique », confie à son tour Guillaume Bouscavel qui projette de s’installer à Roissard.
Originaire de l’Allier, ce fin connaisseur des vins a passé une grande partie de sa carrière aux États-Unis dans le milieu du vin.
C’est en suivant son épouse qui travaille dans les organisations internationales qu’il a découvert les Alpes et leurs cépages, dont les emblématiques étraire de la Dhuy et la verdesse.
De la Savoie, il a glissé vers l’Isère, rencontré le syndicat des vignerons de l’Isère, puis  Jérémy Bricka qui l’a orienté vers Roissard où la mairie avait lancé un appel à projet pour installer un vigneron sur les coteaux en friches.
La tâche est immense : identifier les propriétaires des microparcelles, obtenir leur accord pour défricher, récupérer les droits à plantation et planter à partir de l’année prochaine.
« Sur les vieilles cartes cadastrales, on voit que tous les coteaux sont en culture. On retrouve encore les murets et les cabanes en pierres et de nombreuses traces du passé. Les anciens se rappelaient encore les vendanges et le travail des vignes à la pioche », expose le futur vigneron.
Pour l’heure, il « se fait la main », sur une parcelle que lui a confiée Jérémy Bricka à Roissard et travaille également au domaine des Alpins, chez Sébastien Bénard, à La Buisse. Son projet consiste à « sécuriser les parcelles », qu’elles soient communales ou privées et planter jusqu’à 4 ou 5 hectares. « Un projet efficient et réaliste », assure-t-il.
Il s’intéresse d’ailleurs aux cépages résistants, anticipant les sécheresses et le changement climatique.
C’est l’avantage de partir de zéro. « Il y a des études sur les nouveaux porte-greffes qui répondent aux enjeux d’aujourd’hui », explique-t-il.

Lui aussi compte demander la DJA avant ses 40 ans. « Le temps presse », souffle-t-il en reconnaissant que le retour d’expérience des pionniers « permet de se passer de faire quelques erreurs ». Il ajoute : « Le Trièves a une carte à jouer dans sa spécificité en tant que terroir ».
Et la Revue du vin de France, ne s’y est pas trompée qui a consacré dans son dernier numéro une dizaine de pages aux cépages de l’Isère.

Isabelle Doucet

(1) Brevet professionnel responsable d’exploitation agricole
(2) Dotation jeune agriculteur

 

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